La santé publique au Cameroun, censée être le socle de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030, demeure fragilisée. Les efforts déployés ont permis des avancées notables, mais les résultats restent en deçà des ambitions affichées. À mi-parcours, les indicateurs révèlent un système sous-financé, marqué par des inégalités régionales et paralysé par des défis structurels. Les objectifs sanitaires de 2030 apparaissent encore hors d’atteinte, mettant en lumière l’urgence d’une accélération des réformes.
Des progrès qui inspirent l’espoir
Le Cameroun peut se féliciter de certaines avancées. L’espérance de vie est passée de 61,7 ans en 2020 à 63,7 ans en 2023. La mortalité maternelle a reculé de 342 à 256 décès pour 100 000 naissances, tandis que la mortalité néonatale est passée de 68 à 44 décès pour 1 000 naissances. L’introduction du vaccin RTS,S contre le paludisme, une première mondiale, marque une étape importante dans la lutte contre cette maladie. Le lancement de la Couverture Santé Universelle en 2023 garantit la gratuité des soins pour les enfants et les femmes enceintes. Sur le plan des infrastructures, six hôpitaux publics de référence ont été inaugurés et 165 centres de santé créés, renforçant l’offre de soins.
Des insuffisances qui freinent la marche vers 2030
Malgré ces progrès, les objectifs restent loin d’être atteints. L’espérance de vie visée à 75,9 ans en 2030 paraît difficile à atteindre. La lutte contre le VIH connaît un rebond inquiétant en 2024 et l’objectif 95-95-95 n’est pas atteint. La tuberculose enregistre une hausse des décès, avec une augmentation de 18,7 % entre 2021 et 2024. Le budget alloué à la santé reste limité à 5,5 % du budget national, loin des 15 % recommandés par la Déclaration d’Abuja. Les ressources humaines demeurent insuffisantes, avec seulement 1,5 médecin pour 10 000 habitants, et la fuite des cerveaux fragilise davantage le système. L’industrie pharmaceutique locale ne couvre que 5 % de la consommation formelle, accentuant la dépendance aux importations.
Les défis structurels à relever
Au-delà des chiffres, les défis structurels persistent. Les inégalités régionales dans l’accès aux soins restent marquées, avec des zones rurales encore mal desservies. Les infrastructures sont souvent vétustes et les équipements obsolètes. La coordination multisectorielle demeure insuffisante. La recherche en santé est sous-financée, représentant moins de 1 % du budget du ministère. La dépendance aux financements extérieurs fragilise la continuité des services et expose le système aux crises.
Le Cameroun progresse, mais trop lentement pour atteindre les objectifs sanitaires fixés à l’horizon 2030. Intensifier le financement, renforcer les ressources humaines, développer l’industrie pharmaceutique locale et réduire les inégalités régionales sont des impératifs. Sans une accélération des réformes et un engagement plus fort, la santé publique risque de rester le maillon faible de la stratégie de développement nationale.



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