Après plus d’une décennie marquée par des crises sécuritaires et humanitaires, le Cameroun amorce un tournant majeur dans la gestion des urgences sanitaires. Longtemps coordonnée par les partenaires internationaux à travers le système des clusters, la réponse du secteur santé est appelée à passer progressivement sous le pilotage des autorités nationales, avec le ministère de la Santé publique en première ligne.
Mis en place en 2018, le Cluster santé a constitué un cadre central de coordination face aux crises qui ont affecté plusieurs régions du pays. Dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, en proie à un conflit armé, comme dans l’Extrême-Nord, confronté à une insécurité persistante, ce mécanisme a permis de structurer l’action des acteurs humanitaires et d’assurer une réponse plus cohérente aux besoins des populations déplacées et vulnérables.
Mais le contexte évolue. Dans un environnement marqué par la contraction des financements internationaux, le Cameroun figure désormais parmi les pays pilotes du « Humanitarian Reset », une initiative lancée en mars 2025 pour adapter l’architecture de l’aide humanitaire aux nouvelles contraintes. Cette réforme vise notamment à renforcer l’appropriation nationale et à favoriser des réponses plus durables, moins dépendantes des dispositifs d’urgence.
Dans ce cadre, la coordination des urgences sanitaires doit être progressivement réintégrée dans les structures étatiques. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il ne s’agit pas d’un retrait des partenaires, mais d’un transfert progressif des responsabilités. L’agence onusienne souligne que cette transition s’inscrit dans une dynamique visant à confier le leadership au ministère de la Santé publique, tout en maintenant un appui technique des partenaires.
Le calendrier envisagé prévoit une phase de copilotage entre les autorités camerounaises et l’OMS dès 2026, avant une prise en main complète par l’État à l’horizon 2027.
Changement de paradigme
Concrètement, cette transition porte sur l’ensemble des fonctions jusqu’ici assurées dans le cadre du Cluster santé : coordination des acteurs, gestion de l’information, planification stratégique, préparation et riposte aux urgences, suivi-évaluation et redevabilité. L’objectif est d’intégrer durablement ces mécanismes au sein du système national de santé, y compris à ses niveaux décentralisés, afin d’en améliorer la cohérence et l’efficacité.
Cette évolution marque un changement de paradigme : il ne s’agit plus seulement de répondre à des crises ponctuelles, mais de renforcer les capacités structurelles du pays à anticiper et gérer les urgences sanitaires.
Toutefois, la mise en œuvre de cette réforme reste adaptée aux réalités du terrain. Dans l’Extrême-Nord, où la situation tend vers une stabilisation relative, l’approche privilégie l’intégration et le renforcement de la résilience des systèmes locaux. En revanche, dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où le contexte sécuritaire demeure instable, le dispositif devrait conserver une certaine flexibilité afin de permettre une réponse rapide et adaptée.
Des progrès sont déjà visibles. Le ministère de la Santé publique s’implique davantage dans la coordination des interventions et co-anime certains groupes techniques, notamment dans les domaines de la santé reproductive et de la santé mentale. Pour les partenaires, ces avancés traduisent une montée en puissance progressive du leadership national.
Souveraineté
Au-delà des aspects techniques, cette transition soulève des enjeux majeurs en matière de souveraineté sanitaire. Le Cameroun est appelé à renforcer son autonomie dans la gestion des crises tout en veillant à ne pas fragiliser l’accès aux soins pour les populations les plus vulnérables.
Le défi sera de trouver un équilibre entre l’appropriation nationale, le maintien de l’appui international et la mobilisation de ressources suffisantes dans un contexte de financements en baisse. La réussite de cette transition dépendra en grande partie de la capacité des autorités à consolider les acquis existants tout en assurant la continuité et la qualité des services de santé pour les populations les plus vulnérables.
Si elle est retenue à bien, cette réforme pourrait faire du Cameroun un cas d’école dans l’évolution des mécanismes humanitaires vers un pilotage national en Afrique. À l’inverse, une transition mal maîtrisée pourrait fragiliser la réponse sanitaire dans des zones où les besoins restent importants.



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