Du 17 au 19 décembre 2025, le Cameroun a marqué de son empreinte le deuxième Sommet mondial sur la médecine traditionnelle, organisé à New Delhi en Inde. À travers une vision équilibrée et ambitieuse, la délégation conduite par le Ministre de la Santé Publique, Dr Manaouda Malachie, a défendu une intégration « responsable » de la médecine traditionnelle dans les systèmes nationaux de santé, fondée sur la rigueur scientifique et le respect des identités culturelles.
Au Cameroun, la médecine traditionnelle n’est pas une pratique marginale. Elle constitue un patrimoine thérapeutique vivant, profondément enraciné dans les cultures et les savoirs endogènes. Près de 80 % de la population y a recours, en milieu rural comme urbain, souvent en complément de la médecine conventionnelle. Face à cette réalité, les autorités ont fait le choix d’une politique claire : reconnaître, protéger et structurer la médecine traditionnelle, tout en garantissant la sécurité des patients et la préservation de la biodiversité.
Promulguée en décembre 2024, la Loi n° 2024/018 consacre la protection du patrimoine immatériel des communautés, la préservation de la propriété intellectuelle et l’encadrement de la qualité, de l’efficacité et de la sécurité des produits issus de la pharmacopée traditionnelle. Les textes d’application en cours d’élaboration viendront préciser les mécanismes de formation, de certification et d’organisation des praticiens, renforçant ainsi la crédibilité de la médecine traditionnelle.
Approche respectueuse des cultures
Au cœur des débats du sommet, deux grandes orientations se sont opposées. Le modèle pluraliste, qui préserve l’identité et l’autonomie de la médecine traditionnelle et conventionnelle tout en organisant leur coordination au bénéfice du patient, et le modèle d’unification, qui ambitionne de fusionner les approches pour créer un système thérapeutique unique. Le Cameroun a plaidé pour une approche mixte, respectueuse des cultures mais rigoureusement adossée aux évidences scientifiques, afin de garantir la sécurité, la qualité et l’efficacité des soins.
Fort de son statut de troisième Vice-Président du Conseil exécutif de l’OMS et membre de la Commission générale de l’Assemblée mondiale de la Santé, le Cameroun a formulé un plaidoyer majeur : la création d’un Centre collaborateur OMS dédié à la recherche translationnelle en médecine traditionnelle. Ce projet stratégique vise à rapprocher les savoirs endogènes de la validation scientifique, dans la continuité des efforts menés par l’Institut de Recherche Médicale et d’Études des Plantes Médicinales et la Direction de la recherche opérationnelle en santé.
Conduite par le Dr Manaouda Malachie, la délégation camerounaise, accompagnée de Mme Sylvie-Michèle Mpon Tiek, Chargé d’Affaires a.i. au Haut-Commissariat du Cameroun à New Delhi, a multiplié les échanges de haut niveau, notamment avec Shri Prataprao Jadhav, Ministre d’État indien en charge du Ministère de l’Ayush et de la Santé, ainsi qu’avec le Directeur Général de l’OMS. À travers cette participation stratégique, le Cameroun réaffirme sa détermination à faire de la médecine traditionnelle un pilier complémentaire, crédible et durable de son système national de santé, au service du bien-être des populations.
La Chine accueillera la prochaine édition du Sommet mondial, tandis qu’un Forum sur la médecine traditionnelle est annoncé à Nairobi les 24 et 25 février 2026. Le Cameroun y poursuivra son engagement, fidèle aux orientations politiques du Chef de l’État. À New Delhi, le Cameroun a envoyé un signal fort : la médecine traditionnelle, lorsqu’elle est encadrée, documentée et scientifiquement validée, constitue un levier stratégique pour l’avenir des systèmes de santé, en Afrique et dans le monde.



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