Face à la vulnérabilité croissante des usagers de drogues aux infections telles que le VIH, les hépatites virales et la tuberculose, le Cameroun renforce progressivement sa réponse sanitaire à travers la mise en place d’une stratégie nationale de réduction des risques.
La consommation de drogues évolue selon les contextes sociaux, économiques et culturels. Elle peut relever du trafic, de l’usage récréatif ou de la dépendance. Au Cameroun, ce phénomène est désormais considéré comme un enjeu majeur de santé publique , touchant particulièrement les populations vulnérables.
Face à cette situation, les autorités sanitaires, avec l’appui des partenaires techniques et financiers, intensifient les actions de prévention et de prise en charge. Parmi les approches privilégiées figure la réduction des risques (RdR) , une stratégie de santé publique visant à limiter les conséquences sanitaires et sociales liées à l’usage des drogues, sans nier la réalité des consommations.
Quel que soit le mode de consommation — inhalation, ingestion, sniffage, application muqueuse ou injection — les usagers sont exposés à de multiples risques, notamment la transmission du VIH, des hépatites B et C, ainsi que de la tuberculose.
Dans ce cadre, le Comité National de Lutte contre la Drogue (CNLD), relevant du ministère de la Santé publique, a organisé un atelier de cinq jours à Ebolowa, dans la région du Sud, du 6 au 11 avril 2026. Cette rencontre, financée par Care International Cameroun, s’inscrit dans une dynamique de structuration et d’harmonisation des interventions de réduction des risques.
L’objectif principal était la validation des livrables issus de l’assistance technique internationale. Ceux-ci comprennent des documents stratégiques nationaux, des procédures opérationnelles standards, des modules de formation, ainsi que des outils de suivi et d’évaluation destinés à améliorer la coordination des interventions sur le terrain.
Les travaux ont réuni plusieurs acteurs institutionnels et partenaires techniques, sous la coordination du cabinet International Africa Synergy Plus.
Une situation préoccupante
Selon les données du CNLD, le Cameroun enregistre 74,4% d’usagers de drogues concernés , dont 8,7% vivent avec le VIH . Les usagers de drogues par injection (UDI) représentent 25,5% , avec une prévalence du VIH estimée à 18,7% dans ce groupe.
Ces chiffres traduisent une forte exposition aux risques sanitaires, notamment en raison des pratiques d’injection et du partage de matériel. Ils soulignent la nécessité d’une réponse structurée, coordonnée et durable.
Les autorités sanitaires rappellent que la réduction des risques ne constitue pas une incitation à la consommation de drogues. Elle s’inscrit dans une logique de santé publique visant à réduire les dommages et à protéger les populations exposées.
Cette approche repose sur plusieurs axes : prévention du VIH et des hépatites, accès aux traitements antirétroviraux dans certaines stratégies préventives, renforcement de l’accompagnement psychosocial, et implication des travailleurs sociaux dans les centres de soins et d’accompagnement en addictologie (CSAPA).
Elle prévoit également le renforcement des capacités des organisations communautaires et des acteurs de la chaîne judiciaire, afin d’améliorer l’orientation et la prise en charge des usagers.
Une dynamique institutionnelle
Les travaux ont été ouverts par le délégué régional de la Santé publique pour la région du Sud, Charles YOPNDOI, qui a salué l’initiative et son importance dans un contexte de forte exposition aux flux de drogues.
À l’issue des échanges, les participants ont recommandé l’élaboration d’un Plan stratégique national de réduction des risques , jugé essentiel pour structurer, harmoniser et pérenniser les interventions à l’échelle nationale.
Cette dynamique marque une étape importante vers la consolidation d’une politique nationale de réduction des risques véritables liés à l’usage des drogues au Cameroun. Elle s’inscrit dans un effort plus large de renforcement des politiques de santé publique et de lutte contre le VIH/SIDA.
Cependant, la réussite de cette transition dépendra de la capacité des acteurs nationaux et des partenaires à assurer une mise en œuvre efficace, coordonnée et durable, dans un contexte marqué par des défis sanitaires persistants et des ressources limitées.



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