Séduction des jeunes, lobbying discret, influence sur les politiques publiques… L’industrie du tabac est dans le viseur des autorités sanitaires camerounaises. À quelques jours de la célébration de la Journée mondiale sans tabac, le gouvernement et les acteurs de la lutte antitabac ont décidé de hausser le ton face à un fléau qui continue de gagner du terrain.
Réunis le 26 mai 2026 à l’United Hôtel International de Yaoundé, responsables administratifs, experts de santé publique, organisations de la société civile et partenaires techniques ont officiellement lancé les activités de la Journée mondiale sans tabac 2026. Au centre des échanges : la protection des populations, notamment des jeunes, contre les stratégies de plus en plus agressives de l’industrie du tabac.
Placée sous le thème : « Démasquons les tactiques de séduction, luttons contre la dépendance au tabac et contre l’addiction nicotinique », la rencontre a également permis de vulgariser le rapport 2025 sur l’indice d’ingérence de l’industrie du tabac au Cameroun. Un document qui révèle les mécanismes d’influence utilisés par les industriels pour tenter d’orienter certaines décisions publiques en leur faveur.
Les chiffres présentés au cours des travaux traduisent l’ampleur de la menace. Environ 9 % des Camerounais âgés de plus de 15 ans consommaient du tabac en 2013. Chez les adolescents de 13 à 15 ans, le taux atteignait déjà 10,1 % en 2014. Des données jugées préoccupantes par les spécialistes, qui craignent une progression de l’addiction nicotinique chez les jeunes.
Pour les autorités sanitaires, cette situation constitue un véritable enjeu de santé publique. Représentant le ministre de la Santé publique à l’ouverture des travaux, le conseiller technique n°2, le Pr Mendimi Nkodo, a rappelé que le Cameroun a ratifié dès 2006 la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la Santé pour la lutte antitabac (CCLAT). Cet engagement international oblige le pays à mettre en place des politiques visant à protéger les populations contre les conséquences sanitaires, sociales et économiques du tabagisme.
Application plus stricte de l’article 5.3
Depuis plusieurs années, des mesures ont été prises dans ce sens. Parmi elles figurent le renforcement de la fiscalité sur les produits du tabac, l’adoption de certains textes réglementaires, les campagnes de sensibilisation ainsi que la mise en place d’une coordination multisectorielle dans la lutte antitabac.
Mais malgré ces efforts, l’ingérence de l’industrie du tabac continue de fragiliser les politiques publiques. Le rapport présenté lors de l’atelier met notamment en évidence des pratiques de lobbying, des partenariats indirects et diverses stratégies de communication destinées à améliorer l’image des compagnies de tabac auprès des décideurs et des populations.
Face à cette réalité, les participants ont plaidé pour une application plus stricte de l’article 5.3 de la Convention-cadre de l’OMS, qui recommande de protéger les politiques publiques des intérêts commerciaux de l’industrie du tabac. Ils appellent également à un meilleur encadrement des relations entre les administrations publiques et les entreprises du secteur.
Autre priorité évoquée : l’accélération du processus d’adoption de la loi nationale sur le contrôle du tabac, considérée comme un outil essentiel pour renforcer la réglementation et limiter l’exposition des populations aux produits du tabac et à la nicotine.
Au-delà des réformes institutionnelles, les acteurs présents ont insisté sur la nécessité de renforcer la sensibilisation, particulièrement auprès des jeunes, considérés comme les principales cibles des campagnes de séduction de l’industrie du tabac.
À travers cette mobilisation, le Cameroun entend envoyer un message clair : la santé publique doit primer sur les intérêts économiques de l’industrie du tabac.



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